"Le Pensionnat" est un film thaïlandais de Songyos Sugmakanan, dont on dit qu'il est un jeune réalisateur très prometteur.

L'affiche, très jolie et bien faite, m'avait intriguée... malgré que je ne sois pas du tout adepte des films qui font peur :-D (je pensais d'ailleurs qu'il y aurait moins de scènes de ce genre, qu'il s'agissait juste d'un fond).

L'histoire est celle d'un enfant d'une petite dizaine d'années, Chatri, dont les parents l'envoient en pension afin d'améliorer ses résultats scolaires.

Chatri se retrouve en plein milieu d'année dans une école où il ne connaît personne, où il est pointé du doigt puisque nouveau et où il a de nouvelles habitudes à prendre (les règles strictes du pensionnat, les horaires...). Le petit Chatri doit donc réussir à faire sa place mais aussi, en tant que nouveau, on lui raconte les rumeurs et histoires les plus farfelues et terrifiantes de l'école...

L'une d'elles évoque la mort non comprise et donc mystérieuse d'un élève, il y a quelques années, noyé dans la piscine du pensionnat et l'on raconte que son fantôme rode parfois...

Bien qu'effrayé, Chatri ne croit pas vraiment à ces histoires, jusqu'au moment où des événéments étranges lui font semer le doute. Terrifé mais n'ayant toujours pas d'amis à qui parler, il se sent seul.

Heureusement, un garçon, Wichien, vient lui parler et se rapproche de lui, jusqu'à ce qu'ils deviennent amis. Chatri a enfin un ami et il est (presque) heureux.

Mais un jour, il comprend, par une habile mise en scène du réalisateur, que Wichien n'est qu'un fantôme !

D'abord foudroyé de peur, il accepte finalement cette "différence", sous les regards interrogatifs de ses camarades qui trouvent son comportement étrange lorsque Chatri parle "tout seul"...

Au fond, explique Chatri à Wichien, ils ont un point commun : ils n'existent pas aux yeux des autres.

Bref, Chatri connaîtra la véritable histoire de Wichien et tentera de le "sauver" de sa mort, rejouée quotidiennement et péniblement.

Chatri finira son année satisfait de s'être fait des amis, d'avoir expérimenté de nombreuses choses et sentiments pour son début d'adolescence et surtout satisfait de s'être lié d'amitié avec un fantôme, de l'avoir "sauvé" de surcroît et d'avoir mis un terme à cette histoire racontée à l'école et à ses peurs nocturnes. Chatri a changé, il a grandi maintenant !

J'ai trouvé ce film très habilement aiguillé, avec un scénario intéressant, très bien joué (Charlie Trairat alias Chatri) est excellent dans l'expression des émotions), d'une esthétique sublime : couleurs sombres avec du vert, du bleu et du jaune (celui des torches, la nuit dans les dortoirs) et avec une sensation d'humidité, de moiteur permanente (on est en Thaïlande certainement) qui rend la situation plus inconfortable, plus étouffante pour le spectateur qui se met à la place du jeune Chatri rempli de peurs !

J'aime bien aussi le côté fantastique et/ou spirituel, je ne sais pas, de ce film, qui mêle réalité et monde "de l'au-delà" dirons-nous : on parle de réincarnation, de séparation du corps et de l'esprit, de l'incompréhensible, de l'irrationnel (mais à petite dose quand même !), ce qui rend l'intrigue plus mystérieuse et en même temps l'histoire ne semble pas "grotesque".

On peut se demander si Chatri a vraiment rencontré le fantôme de Wichien ou bien si, souffrant quelque peu de solitude, de mise à l'écart en tous cas, il ne s'est pas créé involontairement un ami imaginaire...

Quand je suis sortie de la salle, j'ai comme à mon habitude ressenti le "cinema break" , c'est à dire la sensation de ne pas être totalement ressortie du film, même une fois dans la rue. Du coup, je voyais les passants, la foule plutôt, de ce samedi ensoleillé et où chacun sait où il va et marche vite, d'une autre façon, un peu comme si je voyais cette foule sans participer moi-même à la scène, comme si aussi j'étais un peu perdue, déboussolée. J'étais en tous cas contente d'avoir vu ce film malgré ma peur d'en rêver durant la nuit.

"Le Pensionnat" est un film ma-gni-fi-que. Encore une fois, je me demande comment et pourquoi il n'est pas plus connu et projetté que cela : seule une salle, le Reflet Médicis, le programmait à Paris, le jour où j'y suis allée en tous cas :-o On était cinq dans la salle ! Et bien personne n'a bougé durant tout le film, on est tous restés jusqu'à la fin.

Précisons enfin que "Le Pensionnat" ("Dek Hor" en thaïlandais), a reçu l'Ours de cristal au 57e festival international du film de Berlin et le prix junior Cannes 2007 ! Il y en a donc d'autres qui ont apprécié cette oeuvre ;-)

Voir la bande-annonce sur le site officiel (prendre et relâcher la lampe torche sur la rubrique souhaitée pour naviguer... j'ai mis du temps avant de comprendre le système, je vous épargne donc cette perte de temps !). Cette bande-annonce ne reflète pas bien le film malheureusement car on croirait qu'il s'agit plus d'une histoire d'écoliers qu'autre chose, ce qui m'a induit en erreur en fait ! Afin d'avoir une meilleure vue de ce que donne le film, il y a une bande-annonce étrangère plus révélatrice de ce à quoi on peut s'attendre en allant voir le film, l'histoire et l'ambiance surtout :

Ma note pour cette sortie : 8,5/10.