J'avais entendu parler de Calamity Jane et de l'exposition "Calamity Jane ou les Légendes de l’Ouest" dans l'émission "Rêve de comptoir", sur la chaîne de télévision "Voyages". Les chroniqueurs avaient présenté le livre et parlé de l'existence de l'exposition. J'avais noté tout cela et me voici donc, quelques semaines plus tard, en route pour en apprendre plus sur ce personnage, ne connaissant rien du tout sur le sujet. Je pensais même jusqu'à cette émission que Calamity Jane n'avait jamais existé, qu'il s'agissait juste d'une personnage de légende... Au final, il s'agit bel et bien d'un personnage de légende mais... réel !

J'entre dans la petite cour du musée des Lettres et des Manuscrits, où se situe l'exposition. Je vois deux portes : l'une fermée et en vitre teintée noire, l'autre ouverte. Je me dirige donc logiquement vers cette dernière. Quelle erreur ! Il s'agissait en fait de la partie "théâtre" du musée et après avoir demandé un billet d'entrée pour l'exposition à l'homme qui se tenait au bureau, il m'a dit que ce n'était pas ici mais "là-bas". Je le remercie donc et je vais "là-bas"... j'essaye une direction mais je me retrouve devant la porte des toilettes... J'essaye alors la deuxième direction et je me retrouve, quelques mètres de profondeur sous terre, devant une porte indiquant qu'il fallait faire le silence car une pièce de théâtre était en cours, je regarde à gauche : un endroit entièrement noir... Je décide alors de remonter "vers la terre" et je demande au même monsieur de m'indiquer où se trouve l'exposition car je ne l'ai pas trouvé et là il fut à la limite de l'impolitesse : "mais qu'est-ce que voulez voir au juste monsieur ?" (notez le "monsieur"...), d'un air agacé et désagréable... Je lui répétai que je voulais voir l'exposition sur Calamity Jane. Il m'a enfin expliqué que c'était dehors, à l'autre porte, l'entrée pour l'exposition. Et bien comment pouvais-je le savoir moi ? C'est la première fois que je mettais les pieds dans ce musée et en plus l'autre porte semblait condammnée ! Pfffff franchement quel accueil !

Malgré tout je poursuis mon chemin, j'achète mon billet d'entrée (6 euros), l'hôtesse me précise que Gregory Monro, l'auteur de la nouvelle édition complétée du livre Lettres à sa fille, "est en dédicace aujourd'hui". Je descends les escaliers qui me mènent enfin vers l'exposition Calamity Jane.

Je découvre les lieux : une exposition assez petite et un homme qui semble être le fameux créateur de l'exposition, expliquant ces travaux de recherche à une femme.

L'exposition présentait la vie de Calamity Jane (de son vrai nom Martha Jane Canary) depuis son arrivée à Deadwood (ville apparemment mythique du Far West et qui sert encore de décors pour certains films et certaines série) jusqu'à sa mort et même après...

On y voyait :

- quelques cartes de géographie montrant les flux des "Américains" et des Amérindiens au début de la conquête vers l'ouest

- de nombreuses photos de Calamity Jane au fil du temps, sous divers "costumes" (masculins mais aussi très féminin et raffiné parfois) qui nous montraient qu'elle pouvait aisément passer de l'image masculine qu'elle s'était donnée à son image propre de femme

- des photos et histoires de ses acolytes Wild Bill Hickock, Jesse (Woodson) James et William Frederic Cody, dit Buffalo Bill. J'ai appris qu'elle leur vola la vedette à tous !

- une présentation du "Buffalo Bill Show" dont une vidéo d'époque !

- le fameux manuscrit des lettres de Calamity Jane à sa fille, que Grégory Monro a acquis ! :-o

L'homme qui parlait à la femme était bel et bien Grégory Monro, créateur de l'exposition et il a été assez gentil de m'aborder pendant que je regardais ses travaux, pour me dire que si jamais j'avais besoin d'un renseignement ou d'une quelconque explication, il se tenait à ma disposition, juste derrière.

J'ai profité de l'occasion et du fait que j'étais alors seule dans la salle avec lui pour lui demander comment et pourquoi il s'était intéressé à ce personnage et pourquoi on y voyait les portraits d'autres grandes figures du Far West.

Gregory m'expliquait que tout le monde connaît Calamity Jane grâce à la bande-dessinée (Lucky Luke notamment) mais aussi grâce aux Lettres (apparemment très connues), qu'on en entend plus parler en ce moment également grâce justement à son exposition et à la publicité qui en a été faite dans divers journaux et magazines.

Il m'expliqua également qu'il était cinéaste, réalisateur (et non historien ou écrivain) et en train de travailler sur un documentaire pour la télévision sur Calamity Jane. C'est pour cela il avait dû faire des recherches, qui sont celles d'un passionné au final mais dignes de celles d'un historien presque et ces recherches ont pris une ampleur plus importante lorsqu'il découvrit les fameuses Lettres, qu'il acquit le manuscrit avec des lettres inédites.

Grâce aux Lettres à sa fille et à l'exposition dans une moindre mesure, on se rend compte que Calamity Jane était en fait une femme (presque) comme les autres, avec des amants, mariée plusieurs fois même et qui eut au moins un enfant, plusieurs vraisemblablement, dont elle dut se séparer et qui furent adoptés car elle était toujours sur les routes et ne pouvait donc pas les élever. C'est d'ailleurs grâce à l'une de ses filles, Jean McCormick (oui, c'est un prénom féminin chez eux !), en 1941 sur les ondes d'une radio, que l'on eut connaissance des lettres écrites à sa fille et ne devant être lues qu'après sa mort (Calamity Jane est décédée en 1903) et que l'autre facette du visage de ce personnage historique fut dévoilé.

En fat, Calamity Jane a le mérite d'avoir réussi à se sortir de sa condition de femme de l'époque, c'est à dire privée de liberté et dont le destin était d'élever des enfants, coudre et punto en gros... A la place, elle est partie à la conquête de l'ouest américain, a appris à monter à cheval, utiliser un lassot, tirer, etc. et afin d'obtenir le relatif respect des hommes, elle s'habillait à leur égal, en pantalon, ne lâchant pas son arme apparemment, elle acquis malheureusement aussi leurs travers : elle buvait, allait dans les bars et parlait fort par exemple. Avec ce genre de comportement, elle eut une réputation de prostituée, de personne dépravée.

Les recherches de Grégory Monro l'ont mené jusqu'au Etats-Unis où il a acquis de nombreuses choses et où il a fait un petit documentaire que l'on peut voir dans la salle de projection de l'exposition. Ce petit documentaire nous brosse le portrait de Calamity Jane à travers le regard de trois femmes qui l'incarnent dans divers shows américains. L'une d'elles est d'ailleurs l'arrière petite nièce de Calamity Jane. Les deux autres sont une ex-anthropologue et une ex-enseignante.

La bonne nouvelle est qu'un projet de film (pour le cinéma donc) va peut-être voir le jour mais à l'heure actuelle ce n'est pas encore sûr.

Cette exposition m'a permis de toucher du doigt le mythe du Far West, de Calamity Jane et de ses acolytes et de réaliser à quel point j'ai encore tout à apprendre sur cette période de l'histoire américaine ! Dommage que l'exposition fut, malgré tout, trop petite, comme je disais plus haut. J'attends donc avec impatience la diffusion du documentaire de Grégory Monro ;-) et peut-être plus, qui sait, si jamais je pars en voyage aux Etats-Unis un jour ou si je tombe sur un livre passionnant et accessible sur le sujet. Il y a tant à apprendre ! J'ai d'ailleurs acheté l'édition revue et augmentée de son livre afin de continuer à en savoir plus... livre qu'il m'a gentiment dédicacé.