Il s'agissait d'une exposition photo de Bruce Davidson, photographe américain né en 1933. Cette exposition avait lieu à la fondation Henri Cartier-Bresson (lui aussi photographe) située dans le 14e arrondissement de Paris et c'était d'ailleurs la première fois que j'y mettais les pieds.

Après avoir acheté mon entrée, à 5,30€, je monte les escaliers de ce bâtiment très joli : murs blancs immaculés et escaliers en bois, la classe ;-)

Les expositions Bruce Davidson s'intitulaient "Time of change" et "100e rue" et se déroulaient jusqu'au 22 avril 2007.

L'exposition "Time of change" avait pour thème la vie et la lutte des Noirs aux Etats-Unis dans les années 60 et l'autre, "100e rue", avait elle pour thème le Harlem espagnol dans les années 60 également.

J'ai trouvé ces deux expos assez ressemblantes ou se complétant, plutôt.

 

Il y avait une centaine de photos, en noir et blanc, de nombreuses étaient très jolies à mon goût et toutes nous montraient un aspect de la vie des Noirs aux Etats-Unis à cette époque : ça pouvait être leur lieu de vie, leurs enfants, la pauvreté, l'isolement, la solitude, la violence, les relations parents/enfants, le travail, etc. ou une étape de leur vie : une femme enceinte, une photo d'un enfant diplômé, le mariage, la vieillesse, la jeunesse (énormément représentée sur les photos)...

J'ai remarqué que l'on ne voyait que des portraits et que beaucoup de personnes photographiées avaient un regard un peu nonchalant, hagard, comme blasés de la vie ou de la difficulté de la vie et sans beaucoup d'espoir que cela ne change vraiment.

Ce qui m'a également attiré l'attention, c'est le cadrage effectué par Bruce Davidson : je me demandais souvent comment il avait fait pour penser à faire tel ou tel cadrage car je n'aurais pas du tout pensé à faire le même à sa place ! Son cadrage était ingénieux car il permettait de replacer les personnes qu'il photographiait dans leur environnement de vie ! Wow !

J'ai par exemple le souvenir d'une photo où l'on voyait une femme allongée sur un canapé. Et bien au lieu de cadrer la photo sur son regard ou autre, Bruce Davidson a pris la photo de telle sorte que l'on voyait la moitié du canapé où elle était allongée et l'autre partie de la photo montrait le début de la cuisine, ce qui faisait que j'avais une sensation d'intimité avec ses lieux, comme si j'étais chez cette dame, alors que je ne connaissais pas ces lieux.

Sur une autre photo, on voyait un enfant, allongé sur son lit. Ca me fait penser que l'on voyait de nombreuses personnes allongées, je ne sais pas pourquoi. Pour nous montrer que ces personnes sont en attente d'un changement ? Que la fatalité est là et un point c'est tout ? Bref, un enfant allongé sur son lit. Et bien une fois encore le cadrage était magnifique ! On voyait la pièce presque entière, on pouvait même voir l'ampoule au plafond, les murs défraîchis et tout ceci permettait, je trouve, de mettre en relief le vide qui entourait cet enfant. Pas de jouets, pas de meuble, rien. Peut-être est-ce d'ailleurs ce que voulait le photographe : remettre, encore une fois, cet enfant dans son environnement quotidien et par là-même montrer qu'il n'avait pas de jouets, la pauvreté donc, dans ce cas-là.

J'ai bien aimé un autre aspect du cadrage de Bruce Davidson : il se met parfois à la même hauteur que ceux qu'il photographie : je me souviens de deux photos où il s'était assis à la même table, à la même hauteur donc, que les personnes dont il immortalisait un instant, une tranche de vie.

Parfois, au contraire, il se mettait exprès au-dessus : pour des raisons d'esthétiques peut-être, de vue d'ensemble ou peut-être encore d'une impression de regard divin... Bruce Davidson en témoin de Dieu ?
Je me souviens particulièrement d'une photo : un enfant, mendiant dans la rue. Et bien on ne voyait que les cheveux de cet enfant mais surtout la boîte de conserve qu'il avait pour récolter les pièces de monnaie et qui scintillait, vide. Au loin, on voyait la rue.
C'était ma photo préférée de l'expo mais je n'ai pas réussi à la retrouver sur le Net pour la poster ici :-(

L'exposition nous montre des photos sur la lutte des Noirs pour le droit de vote notamment : Marche de Selma, Freedom March (les Freedom Riders) et globalement on ne voit que très rarement des Blancs aux côtés des Noirs. Ce qui est "normal" pour l'époque, aux Etats-Unis mais qui dénote que Bruce Davidson avait la volonté de nous montrer leur "ghettoïsation", peut-être.

  

Quelques photos nous montraient également le travail des Noirs comme cueilleurs de coton, dans le sud des Etats-Unis : la fatigue, le peu d'argent gagné, le travail des enfants, le Blanc qui paye le Noir, etc.

Enfin, on voyait à quelques reprises des animaux : un chien caché sous un lit, un pigeon, des oiseaux, etc. mais cela restait rare.

Voilà, j'ai bien aimé cette expo donc et je pense acheter peut-être un jour un livre sur celle-ci.

Ma note pour cette sortie : 8/10.

Site de la Fondation Henri Cartier-Bresson